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The Resilient Shape - In situ
The Resilient Shape - In situ
2017

LA FORME RESILIENTE

La résilience est un concept souvent évoqué pour définir l'attitude constructive et efficace qui, d'une situation défavorable ou hostile, tire de nouvelles ressources. En bref, la résilience permet de trouver, en situation de crise, les ressources d'un développement positif.

Comment traduire plastiquement le principe et le processus formel de la résilience ? Trois artistes Valeria Caflisch, Francesco Balsamo et Gianluca Lombardo ont choisi d'exprimer, par le biais d'un travail commun, la dynamique de la résilience et sa complexité. Ils ont choisi de créer un ancien jouet populaire, aujourd'hui quasiment oublié : le poussah (misirizzi en italien). Il s'agit d'un buste de magot (figurine trapue) porté par une boule lestée qui le ramène à la position verticale lorsqu'on le penche. Le poussah était traditionnellement représenté sous forme de poupon de bois ou de céramique, rappelant les pièces d'un jeu de quilles. Sa base semi-circulaire tient en équilibre. Son poids le plus lourd, dans la partie inférieure, lui permet d'osciller sans perdre pied quel que soit le mouvement qu'on lui donne. La flexibilité du poussah symbolise le dynamisme qui, même contrarié, génère suffisamment de ressources pour transposer le choc ou le traumatisme vécu en valeur positive.

L'analyse de la résilience sous sa forme sociale, met en exergue les normes de vie qu'on impose à une collectivité et l'adaptation de l'individu à celles-ci.
Les artistes ont analysé à ce propos les éléments dialectiques argumentés par Giorgio Agamben sur les ordres des frères mineurs " de la très haute pauvreté, règles et forme de vie ". Les Franciscains sont un exemple concret de forme résiliente car ils développent, avec le concept de usage pauvre un usage sans droits qui implique pas la propriété des choses. La règle monastique aurait le pouvoir de créer ainsi un espace de liberté à l'intérieur du droit et de l'institution : en ne possédant rien, le frères mineurs font un exercice de désubjectivation et donc de libération de l'individu. Ils se soustraient, en douceur, au système. Une invitation à s'emparer de cette tradition et à s'en inspirer pour réfléchir aux formes que pourrait prendre une vie qui serait ainsi constituée par une règle et non par l'emprise du droit.

Les trois artistes (de langues et de cultures diverses) unissent leurs diversités dans la recherche de cette forme résiliente. Le projet comprend outre le poussah de grande dimension, des dessins et une vidéo. La démarche fusionne individualités et groupe. La sculpture comme un doux menhir, inspiré chromatiquement des fresques des murs du couvent des Capucins de Romont. Entièrement recouvert de laines de diverses couleurs, elles créent une surface irrégulière et plissée qui rend, quasi maternel le gigantesque objet et invitent à poser un nouveau regard résilient sur le réemploi d'un matériau déjà usagé, comme ces vieux chandails de laine.

La figure maternelle bienveillante raconte la vie, illustrant une stratégie de résistance qui profite de chaque obstacle. Le poussah tangue comme un arbre dans le vent qui s'accommode de la brise légère comme de la tempête et donne ses fruits et son ombre, quelque soient les efforts réalisés.
Le poussah est la métaphore de la vie qui continue, grâce à son aptitude au changement à travers les bouleversements, certain que l'immobilisme nous effrite. La forme joue à libérer la force, mais à maintenir la promesse à l'engagement immuable pris avec la règle, même s'il s'agit d'être en mouvement perpétuel.

La vie est ainsi !
La forme résiliente aussi !


Texte de Francesco Balsamo, Valeria Caflisch e Gianluca Lombardo.
Traduction et adaptation : Monique Durussel, critique d'art/ novembre 2017
Contacte : info@valeriacaflisch.net